[Cet édito est également disponible en ukrainien.]
C’est ce qu’écrit Paul Krugman, Prix Nobel de l’économie 2008 le 29 janvier 2026.
« Les Européens doivent arrêter de répéter les pires mythes de Washington. L’Europe n’est pas en train de s’effondrer, elle n’est pas dépassée, elle a choisi un équilibre différent ». Et de stigmatiser la propagande MAGA qui rejoint d’ailleurs celle de la Russie. Par exemple cette affirmation ridicule de l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne : « L’Europe est pauvre comme le Mississippi ».
Le prix Nobel américain a fait les comptes : L’économie européenne est de la même taille que l’américaine, 28 000 milliards $ contre 29 000 milliards de $, mais avec le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse 34 000 milliards $ soit bien plus que les Etats-Unis. La force de l’Europe n’est pas dans le spectacle mais dans la taille, la structure et la résilience.
Le taux de criminalité, l’espérance de vie, la santé, tout pour lui plaide pour l’Europe. Quant au commerce, il estime, chiffres à l’appui, que « le monde a plus besoin de l’Europe que des Etats-Unis » qui s’isolent et marchent à pas forcés vers un divorce des principales économies mondiales. « Trump n’a pas les cartes » et l’accord conclu entre l’Union et l’Inde le confirme.
Cela ne signifie en rien que l’Europe n’a pas de problèmes. Elle en a comme les autres continents et de non moins sérieux. Ils concernent sa productivité, sa démographie, la moindre agressivité de son énorme potentiel d’innovation, mais force est de conster qu’elle ne cesse d’étendre son réseau dans le monde.
Quant à la force militaire, nécessaire pour appuyer une diplomatie plus présente, les Européens l’ont déjà et n’auraient pas de mal à l’exercer en commun en cas de danger imminent.
James Stavridis, ancien Commandant Suprême des forces de l’OTAN en Europe, vient de déclarer le jour du premier anniversaire de l’intronisation de Trump à la Maison-Blanche, que « les vrais gagnants de la guerre en Ukraine pourraient bien être les Européens. J’espère que ce sera avec les Américains mais, si nécessaire, ils peuvent le faire seuls ». Et d’expliquer qu’il faudrait peut-être cinq ans pour compenser un départ américain de l’OTAN, qu’il ne souhaite pas ; que l’Europe construit déjà plus vite que l’Amérique chars, munitions et sous-marins, forte de budgets agrégés de plus de 400 milliards $ par an, et que huit des vingt-cinq plus grandes entreprises de défense dans le monde sont européennes. Il suggère même, comme nous l’avons fait en 2016, que les Européens devraient se doter d’un Traité propre dans lequel ils prennent en charge la défense de l’Europe.
On la sait attirante par ses valeurs, son mode de vie, son droit protecteur et ses solidarités. On ne doit pas sous-estimer sa puissance réelle qui ne ressemble à aucune autre. Non l’Europe ne parlera jamais sur la scène internationale comme Poutine, Xi ou Trump, autocrates qui empruntent davantage aux pires pratiques désuètes qu’à la modernité du XXIème siècle ! Oui, l’Europe les gêne et les dérange parce qu’elle est forte et pacifique.
Le devoir de nos dirigeants comme des citoyens est de s’en convaincre afin d’y puiser l’énergie nécessaire pour l’améliorer toujours et lui permettre ainsi d’exercer sur la scène internationale, de manière plus décomplexée, une puissance différente mais bien réelle.