[Cet édito est également disponible en ukrainien.]
On ne sait pas vraiment pourquoi Trump insiste tant pour s’emparer du Groenland.
Mauvaise appréciation de la situation réelle de l’OTAN, de l’Europe et des relations internationales ? Dérive narcissique et quasi-paranoïaque ? Message à usage interne ? Appétit pour des ressources convoitées?
Cette revendication risque d’être l’erreur de trop et il n’est pas sûr que le président puisse réellement lui donner corps, les citoyens et le Congrès américains étant manifestement hostiles à cette agression.
Mais surtout elle est tellement inacceptable pour les Européens qu’elle les oblige à réagir et ils en ont les moyens.
Avant toute confrontation physique que des soldats, alliés de plus de 100 ans dans les combats pour la liberté, refuseront vraisemblablement, les annonces de Trump contraignent les Européens à brandir et utiliser les armes qu’ils avaient fourbies pour se protéger contre d’autres pouvoirs autoritaires.
Un « mécanisme anti-coercition » a été mis au point qui permet d’interdire ou de réduire l’accès au marché européen, à ses marchés publics, aux personnes et aux organisations qui tenteraient de faire chanter l’Union européenne ou l’un de ses Etats membres. Le président français et des députés européens ont déjà demandé son application qui semble inévitable.
L’Union dispose d’autres moyens pour faire pression sur un exécutif devenu erratique. La ratification par le Parlement européen de l’accord douanier signé par la présidente de la Commission européenne en juillet 2025 semble ainsi peu probable. Les procédures en cours contre les entreprises américaines du numérique qui ne respectent pas les lois européennes se seront pas ralenties par un souhait de dialogue désormais démenti et vont certainement être menées à leur terme. Une partie de la dette fédérale américaine est entre les mains des épargnants européens et la fermeture des marchés européens aux entreprises américaines entrainerait de graves conséquences outre-Atlantique.
Il semble désormais que les Européens n’aient plus d’autre choix que la fermeté, qu’ils comptent de plus en plus d’alliés et qu’ils soient déterminés à riposter.
On peut estimer qu’ils le feront comme pour l’Ukraine, avec modération et ouverture, sans provocation mais une ferme résolution et qu’ils auront finalement gain de cause.